La tarification carbone au coeur des discussions

Le 22 février 2018 se tenait le panel « La tarification du carbone et ses défis », un événement organisé à l’occasion de la venue à Montréal du professeur invité TD de l’Institut EDDEC, Christian de Pertuis, l’un des meilleurs experts du marché européen des quotas de CO2 et de la finance carbone.

Nous vous proposons ci-après une brève synthèse des échanges qui se sont tenus durant cet événement. Vous pouvez également visionner la présentation de Christian de Perthuis sur notre chaine Vimeo.
 L’évènement réunissait des panélistes de renom qui ont participé au débat, animé par Franck Scherrer, directeur académique de l’Institut EDDEC :
Christian de Pertuis estime que ce qui doit motiver l’établissement et le maintien d’une tarification du carbone est la nécessité de procéder à une transition énergétique. Les transitions observées antérieurement permettaient le passage d’une énergie fossile à l’autre : il faut maintenant effectuer une transition vers des sources d’énergie à faibles émissions de carbone. Le GIEC établit qu’il nous reste 20 années pour faire cette transition, et l’ajout de sources d’énergie décarbonées ne suffira pas. Il faudra donc cesser d’utiliser des sources d’énergies émettrices. En conséquence, le rôle de la tarification du carbone est d’accélérer le processus de substitution des énergies fossiles vers les énergies renouvelables en affectant leur compétitivité, afin de répondre aux enjeux de l’horloge climatique.
 Les prix ont un fort impact sur la transition d’une source d’énergie vers une autre. Un bon exemple est la baisse du prix de l’énergie photovoltaïque liée à la réduction des coûts de production des panneaux : la tarification du carbone permet donc de réduire la compétitivité des énergies fossiles.   
Pour finir, selon Christian de Pertuis il ne faut pas s’attarder sur la question de mettre en place un marché ou une taxe : les deux peuvent travailler de concert. La question porte plutôt sur la fixation du prix afin d’apporter un changement efficace.
Hélène Lauzon souligne que le système est fonctionnel mais que des difficultés persistent. En effet selon la présidente du CPEQ, le système constitue une contrainte pour les grandes entreprises et les distributeurs de carburant. La tarification de la tonne de carbone a mené à quelques améliorations de la part du secteur industriel, mais l’absence d’incitatif ou de compensation financière limite l’investissement et l’innovation des entreprises dans des modifications structurelles, plus coûteuses, mais ayant plus d’impact. Le risque, avec l’augmentation du prix de la tonne, serait un exode des capitaux des entreprises québécoises vers la Californie pour y acheter des permis d’émission. Le gouvernement doit donc se saisir de cette problématique en accompagnant l’industrie québécoise vers un nouveau modèle moins lourd en émissions de CO2.
Pierre-Olivier Pineau appelle quant à lui à la communication des enjeux liés au marché du carbone : si l’on communiquait la hausse à venir du prix de l’essence et des biens intensifs en énergie fossile, les consommateurs pourraient mieux anticiper l’évolution des prix et commencer leur transition, tout comme le secteur industriel. D’autre part, le Fonds vert devrait être davantage utilisé pour aider la société dans cette transition, et avec plus de transparence.
Normand Mousseau partage l’avis de Pierre-Olivier Pineau et de Christian de Pertuis concernant le fait que la tarification du carbone n’est pas un but en soi, mais simplement un moyen de réduire les émissions de GES. Il souligne d’ailleurs l’importance de la redistribution des revenus du marché carbone, par soucis d’équité et pour accélérer la transition vers les énergies renouvelables. M. Mousseau invite ensuite à ne pas se limiter à une tarification carbone, mais à transformer la société dans son ensemble : les investissements doivent s’inscrire dans la transition vers un économie décarbonée afin d’alléger le poids environnemental du Québec.

 

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Author: Institut EDDEC