Le Parti québécois et Québec solidaire prennent position sur l’économie circulaire

L’Institut EDDEC a invité les partis politiques à exprimer leurs positions sur une transition vers une économie circulaire au Québec. Voici ce qui est ressorti d’un panel public tenu le 20 juin.

À un peu plus de trois mois des élections provinciales, l’Institut de l’environnement, du développement durable et de l’économie circulaire (EDDEC) a souhaité offrir l’occasion aux différents partis politiques québécois d’exprimer leurs positions quant à la transition vers une économie circulaire au Québec. Sur les quatre principaux partis invités, seuls Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) ont délégué un représentant pour participer à un panel public qui s’est déroulé le 20 juin à l’Université de Montréal. Ainsi, Sylvain Gaudreault, député péquiste de Jonquière et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques, et Simon Tremblay-Pepin, candidat solidaire dans Nelligan et professeur à l’Université Saint-Paul, ont répondu aux questions des organisateurs et du public. Leurs interventions, ici résumées en quelques points clés, ont permis de susciter la réflexion.

Le gouvernement a-t-il un rôle à jouer ?
Le représentant de QS s’est exprimé sur l’importance des marchés publics comme vecteurs de mise en œuvre de l’économie circulaire. « Le bon usage de l’argent public ne signifie pas nécessairement dépenser moins !» a précisé Simon Tremblay-Pepin. Les appels d’offres publics doivent cesser de cibler uniquement les plus bas soumissionnaires. L’État doit plutôt encourager un approvisionnement local et régional et se baser sur des critères clairs, comme la distance en kilomètres entre l’organisation qui procède à l’appel d’offres et le distributeur, les émissions de gaz à effet de serre ou encore les conditions de travail des entreprises.
Selon Sylvain Gaudreault, deux éléments principaux doivent figurer dans les nouvelles règles de gouvernance provinciale en ce qui concerne les appels d’offres : le Conseil du trésor, qui détermine ces règles, doit être davantage sensibilisé aux enjeux environnementaux et « le premier ministre doit être le ministre responsable du développement durable».
Pour ce qui est des mesures fiscales, le PQ préconise la modification de la fiscalité des municipalités afin qu’elles soient moins dépendantes de la taxe foncière, laquelle encourage notamment l’étalement urbain. Sylvain Gaudreault a également évoqué la possibilité de mettre en place une certification « économie circulaire » pour signaler les efforts des municipalités qui s’engagent dans cette transition économique. Mr. Tremblay-Pepin a quant à lui mentionné le besoin d’une réforme afin de décentraliser les pouvoirs et les sources de revenu pour donner davantage de marge de manœuvre aux municipalités. « Le temps des incitations gentilles est passé, une réforme fiscale majeure basée sur l’écofiscalité est nécessaire. »
L’économie circulaire mise en œuvre sous la contrainte ?
Simon Tremblay-Pepin est affirmatif : sous un gouvernement Québec solidaire, il y aura mise en place de contraintes pour les entreprises et les consommateurs. Ainsi, Québec solidaire proposera une loi sur l’obsolescence programmée, une politique zéro déchet et une loi sur les consignes. Aussi, les industries extractives devront payer des redevances en fonction des extractions effectuées et non des profits engendrés. « Plus vous extrayez de ressources, plus vous payez », a-t-il dit.
Bien qu’il ne compte pas abolir les mesures contraignantes actuellement en vigueur, telles que la responsabilité élargie des producteurs, le Parti québécois préconise pour sa part une philosophie d’action de mesures incitatives : «On part de loin, a indiqué Sylvain Gaudreault, nous sommes dans un état d’esprit d’incitation et d’encouragement pour avoir l’adhésion de tous.»
L’économie circulaire est directement liée à l’objectif général du Parti québécois relativement au développement durable : celui de la réduction des gaz à effet de serre (GES). Pour atteindre les buts fixés, Sylvain Gaudreault a expliqué qu’« il faut amorcer une transition écologique et économique et y inclure l’économie circulaire. Cela doit se faire par une vision concertée ainsi que par une évolution dans la gouvernance. C’est pourquoi le PQ propose d’instaurer une loi provinciale contraignante pour l’atteinte des cibles de réduction d’émissions de GES ».
Et les consommateurs ?
La transition doit prioritairement passer par une réflexion collective et par des changements dans les façons de vivre : « Il faut se demander de quoi on a besoin, avec quoi on le produit et comment on peut le produire de façon écologique. » Les deux représentants se sont entendus sur un nécessaire renforcement de la sensibilisation des consommateurs : moins de confusion par rapport à l’étiquetage, mais aussi un meilleur accompagnement quant aux stratégies existantes, en particulier l’économie de fonctionnalité et l’évolution du rapport à la propriété, l’augmentation du prix des produits polluants ou encore l’interdiction éventuelle de l’usage de véhicules à essence.
Les échanges auraient pu être enrichis par la présence des représentants du Parti libéral du Québec et de la Coalition Avenir Québec, mais l’Institut EDDEC s’est dit satisfait du niveau des connaissances démontré par les deux représentants du Parti québécois et de Québec solidaire sur l’économie circulaire, et espère que ces éléments seront pris en compte dans les propositions de tous les partis en lice aux prochaines élections. Les deux panélistes n’ont pas rejeté l’idée d’allier leurs forces sur certains enjeux, bien que Sylvain Gaudreault ait souligné le caractère plus pragmatique du Parti québécois selon lui : « On serait prêts à faire de la convergence, mais on veut des résultats concrets. »
Le panel était animé par Ulysse Bergeron, journaliste et chroniqueur économique à ICI Radio Canada Première, et mettait en relation les panélistes avec deux experts du Groupe de recherche en gestion et mondialisation de la technologie de Polytechnique Montréal, les professeurs Sophie Bernard et Marcelin Joanis.
Pour revoir le débat, rendez-vous sur la page Facebook de l’Institut EDDEC ou sur sa chaine Viméo.
Relations avec les médias :
Julie Gazaille, Université de Montréal  – Tél: 514 343-6796
 

Pour en savoir plus…

L’économie circulaire au Québec : état des lieux
Le Québec a amorcé sa transition vers un nouveau modèle économique plus respectueux des capacités de support de la planète, appelé « économie circulaire », à l’instar de l’Europe et de certains pays comme la Chine et le Japon.
Dans le contexte de la finitude des ressources et de l’accroissement de leur demande, ce modèle encourage une plus grande productivité des ressources déjà extraites. Pour ce faire, l’économie circulaire s’appuie sur de nouveaux modèles d’affaires (p. ex. l’économie collaborative, l’économie de fonctionnalité, les synergies industrielles) et revisite des stratégies plus connues (comme l’écoconception, l’efficacité énergétique, la réparation, le recyclage). Les retombées attendues sont importantes, tant sur le plan de l’économie (augmentation du PIB, création d’emplois, meilleur accès aux biens et services) que sur celui de l’environnement (réduction des gaz à effet de serre, notamment).
Au Canada, le Québec occupe une position de leader en matière d’économie circulaire. À l’initiative de l’Institut EDDEC, une quinzaine d’acteurs stratégiques se sont regroupés au sein d’un pôle de concertation en économie circulaire afin de favoriser la transition vers ce nouveau modèle économique. Un groupe interministériel a également été créé, en décembre 2016, sous le leadership du ministère québécois de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et de Recyc-Québec dans le but, entre autres, d’élaborer une feuille de route sur l’économie circulaire à l’horizon de 2020.
Plusieurs villes et régions ont déjà entrepris une démarche de transition vers l’économie circulaire, dont Montréal, Lanaudière, l’Outaouais et Kamouraska. Par ailleurs, un recensement des projets d’économie circulaire est en cours à l’échelle québécoise. À l’échelle de Montréal, une cartographie des acteurs et initiatives en économie circulaire, réalisée en 2016-2017 par l’Institut EDDEC, a permis d’en répertorier près de 300.

 

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Author: Institut EDDEC