Introduction à la « permacircularité »

Prof. Dominique Bourg nous partage quelques éléments de sa réflexion, en vue du débat Croissance et économie circulaire du 9 février prochain. 

Sous le thème Croissance et économie circulaire, le débat du jeudi 9 février 2017, organisé par l’Institut EDDEC, en collaboration avec la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, se basera sur un article co-rédigé par Christian Arnsperger et Dominique Bourg, professeur invité TD par l’Institut EDDEC .
En guise de lecture en amont du débat, Prof. Dominique Bourg, nous propose ici un court résumé de l’article intitulé « Vers une économie authentiquement circulaire. Réflexion sur les fondements d’un indicateur de circularité ».

L’économie circulaire est censée pouvoir répondre aux défis écologiques que nous connaissons, tout en satisfaisant aux « besoins » humains. C’est tout du moins la prétention attachée à cette expression qui cherche à remodeler l’ensemble de nos activités économiques, en intégrant les stratégies de dématérialisation déjà disponibles, comme la consommation collaborative, l’économie de fonctionnalité ou l’écologie industrielle, de telle sorte qu’elles deviennent compatibles avec les capacités de charge du système Terre. Dès lors, ce qu’on peut entendre par économie circulaire est étroitement dépendant de l’appréciation que l’on peut produire des défis écologiques en question. Grosso modo, les difficultés dans lesquelles l’humanité s’enfonce sont dues en premier lieu à la hauteur de nos flux d’énergie carbonée et de matières qui nous conduisent à excéder ou à approcher les limites planétaires (climat, biodiversité, cycles de l’azote et du phosphore, usage des sols, usage de l’eau, acidification des océans, etc.). Ces mêmes flux nous conduisent en second lieu à épuiser les ressources indispensables à nos activités économiques (abiotiques et biotiques). Ces flux dépendent étroitement de nos techniques, et plus encore de nos niveaux de consommation et de la démographie mondiale.

Ces deux difficultés se mesurent à l’échelle globale. Première conséquence, l’économie circulaire ne saurait donc se limiter à une approche micro, restreinte aux unités produites voire à un site particulier de production. Elle enveloppe l’entier d’une société dans ses liens au système Terre. Deuxième conséquence, une économie circulaire doit réellement répondre à la hauteur des défis, autrement dit rendre à nouveau nos activités compatibles avec les limites du système Terre. Or, compte tenu de la gravité de la situation, il est fort à parier que le remède ne saurait être indolore. Rappelons ici l’emballement des difficultés que nous connaissons. Le rythme du changement climatique et de la hausse de la température moyenne a connu durant, les trois dernières années, un décuplement. Celui de l’érosion des populations animales sauvages s’est également emballé. Entre 1970 et 2015, ce sont notamment 58 % des vertébrés qui ont disparu. Des tensions sur la production céréalière mondiale sont attendues et la pression sur certaines ressources est d’ores et déjà une réalité.  Troisième conséquence, en forme de développement de la seconde, une économie circulaire ne peut se contenter d’être simplement circulaire. Maintenir la croissance des flux en-dessous d’un taux de 1 %, suffit à approcher la circularité, en tous cas, à desserrer significativement l’étau des ressources. Mais ce serait sans compter sur l’actuel niveau des flux et de la population humaine. D’où la préférence accordée avec mon co-auteur Christian Arnsperger à l’expression d’économie « permacirculaire ».

À ce premier groupe de considérations écologiques s’en ajoute un second, plus économique. Ces considérations concernent à double titre les questions de croissance. D’un côté, force est de constater, après quarante ans d’efforts plus ou moins soutenus, que nous ne parvenons pas à découpler la croissance du PIB de la croissance des flux de matière sous-jacents. Ils croissent même, depuis 2000, plus vite que le PIB ! De l’autre, la croissance a qualitativement changé et elle ne délivre plus les fruits qu’elle procurait.

C’est à partir de ces deux blocs de considérations qu’on peut tenter d’approcher ce qu’il convient d’entendre par économie « permacirculaire », une économie qui associe sobriété et innovations – sociale et politique, high- et low-tech – et qui ne tourne plus le dos à la diversité des aspirations humaines.

Pour consulter l’article complet de Prof. Dominique Bourg et Christian Arnsperger, veuillez consulter cette page.
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Author: Institut EDDEC